......Oui j'avais vu des mats de loin... Mais de près en fait ils ne sont que deux appartenant au même voilier. Un peu désert le mouillage tranquille ....Je me souvient encore mon soulagement lorsqu'après un ultime virement de bord le cap avait laisser filer l'ancre devant un gros rocher trop agressif pour mon goût en disant
"Choque tout"
Mouillée de sueur et tremblante d'émotion j'affale la grand voile et tombe à genoux sur la trinquette...
Nous y étions enfin, dans ce mouillage de San Antonio, pour ça oui, mais le vent avec nous ne se privait pas d'y être aussi. Eole rendait la mer furieuse qui se vengeait sur nous au passage.
Je regarde un instant le ketch qui danse la samba.... Tien c'est un français. Mais personne ne semble être à bord ...
Une fois à l'intérieure ma peur reprend le dessus comme un leitmotive à ma survie...
La chaîne donne des rappels inquiétants. J'aperçois par le hublot le rocher qui semble se rapprocher. Inutiles d'en parler au Cap il me dirait encore que c'est parce qu'on "évite" terme savant pour préciser que le bateau tourne sur son ancre..
Immédiatement je me mis en quête d'occuper mes mains pour libérer mon esprit.. Je venais de penser qu'il faudrait sûrement poser une deuxième ancre pour éviter justement de trop "éviter" Par conséquent une première chose s'imposait, gonfler l'annexe. Je remontai donc dans la fournaise et traînai le pneumatique jusque sur le pont, puis me mis à pomper consciencieusement... Mais voilà un sifflement diabolique se fit entendre..." Merde! ça se dégonfle..." C'est vraiment pas mon jour de chance! Et les rustines ça prend un certain temps pour coller! Zut et rezut il faut encore attendre...
La peur anticipée quand ça vous tenaille c'est terrible. La panique intérieurement qu'elle engence..surtout sans savoir au juste pourquoi.... . Oui, enfin disons la chose comme ça!
Nos voisins arrivèrent à la nage près de leur bateau... La fille nous aborda pour nous annoncer la bonne nouvelle...
"Il faut partir vite le vent s'est levé....
Tien il y a des jours où il n'y en a pas????
"Il faut aller se protéger dans la partie sud de l'île" ajouta t elle avec conviction.
Tu parles Charles avec un moteur HS... facile à dire, c'est pas gagné d'avance cette affaire là!.
Mais en catimini je me dis "chouette à huit bras on vas bien s'en sortir..."
Encore une idée folle. Chacun pour soit et Dieu pour tous!
Mes craintes cette fois se font géantes, semblablement à ces vagues s'écrasant contre le rocher noir de plus en plus menaçant. Démence ou non je nous vois déjà subir le même sort avec une inexorable fatalité.
Comment trouverais-je encore la force de préparer le repas? J'avais faim... non, pas vraiment . JE VOULAIS SURTOUT ETRE AILLEURS....
Quelqu'un crie près de notre voilier...
Perigoso perigoso... perigoso... je me propulse sur le pont un homme en bas dans sa barque fait des signes ... Il veut nous faire entendre de partir d'ici vite qu'il y a un danger...on comprends plus son mime que ses paroles, nous ne ne savons pas le portugais...
Le cap dit "non makina..." et quelque chose d'autre en espagnol!
Le pécheur répond en montrant un cordage... Nous avons pigés ...Je cours chercher les aussières réservées pour Panama... Je galope encore et toujours, je survole tout, je ferme les hublots, remet la casserole dans le frigo et remonte empoigner l'annexe pour la jetter dans le carré...
Déjà le cap hurle ses ordres
Francine viens m'aider... Lève la grand-voile...
Elle ne monte qu'à moitié.... les écoutes (cordages) se sont emmêlés dans les marches du mat...
"Lève la trinquette , tiens la à contre "....
Avec la longueur de mes bras ça c'est encore un truc théorique qui marche que dans les bouquins nautiques !
Exécuter tant de chose à la fois tien du génie que je n'ai pas.
En trois secondes tous les éléments se liguent contre nous et le vent en rafale pousse Pictoris au travers d'un déferlement monstrueux. Le chef vient de remonter l'ancre nous ne sommes plus qu'un fétu de paille de 14 tonnes sans résistance....
La barre s'est coincée. Le capitaine furieux l'invective... puis l'abandonne ... Il court à l'avant pour remouiller...... trop tard...
Je retourne à l'arrière pour tenter de stopper la baume qui joue la gigue. Mais la cote approche.... approche..... c'est fini je n'ai plus peur j'ai compris! Nous allons échouer... Alors dans un cris désespéré je hurle au ciel
"Seigneur pas l'échouage s'il te .....plaît pas c....a"
ET C EST LE PREMIER CHOC
La quille vient de trouver un fond dur. Pictoris se couche, se redresse une fois et se recouche définitivement.... Je suis projetée sur bâbord avec la baume où je suis agrippée...
Un sentiment de tout perdre.. Une vision de choses qui déménagent à l'intérieur. Une question une réponse rassurante Le capitaine est bien vivant dans la baille à mouillage là haut sur le pont....
L'océan fini son rejet... ses rouleaux nous prennent en charges... Pictoris avachi sur bâbord patauge dans l'eau troublée par le sable..
Alors au bout d'interminables secondes mon cerveau me dicte un ordre démentiel...
J'attrape l'aussière qui serpente de l'avant jusqu'à moi et dans un élan irréfléchi saute à l'eau dans l'intention d'arrimer Pictoris... Réflexe de second...J'ai avalé une tasse phénoménale je me suis sentie noyée, tourneboulée dans l'eau tiède, puis crachée sur le sable sans ménagement. et malgrè tout je n'avais pas laché le cordage...
Sous le soleil torride des Tropiques, sur cette plage déserte il y avait un être humain qui tentait, complète utopie, de remorquer son bateau....
C'est alors qu' il est arrivé.... mais non pas Zorro! Francisco et il avait dit
"Tout de bon"
Et en cet instant, je réalisais que le quelqu'un c'était moi et que l'ilien venu me demander si tout allait bien devait me prendre pour super woman!
Ben vala vala vala ma bonne Dame une bonne chose de faite qui n'est plus à refaire!
on sait que notre bonne fée nous tirera de la .....
En fait non on est pas si sure que cela..que va t il arriver à notre voilier va t il reprendre la mer un jour? quand, comment?.... Vous saurez tout dans le prochain épisode....et vas y Coco!