ictoris
asse
Panama
A 5 h 30 le matin nous arrivons devons la première porte... le capitaine pilote monte à bord avec 3 hommes loués pour l'occasion.... chacun prend sa place respective. Deux amigos prennent le poste avant près du foc, à leurs pieds les aussières sont lovées proprement.
Les cordages sont aussi prêts dans le cockpit où un troisième membre de l'équipage va mouliner avec moi... Attendez vous allez comprendre ce drôle de mot dans le feu de l'action qui va suivre....Le capitaine pilote est à la barre et mon cap supervise tout.... Je veux dire surtout moi qu'il tance du regard parce que je prends des photos....Je ne pourrais plus tout à l'heure mais je veux tout de même fixer à jamais ce grand moment, bien consciente qu'on ne le fait qu'une fois dans sa vie !.... Ici nous arrivons derrière un "gros Cul" c'est impressionnant nous pensons qu'il n'y aura jamais assez de place pour nous deux..... Et c'est soudain la panique le pilote donne l'ordre de faire demi tour avant de s'engager plus avant dans le sas........



Le pilote est descendu à la radio, auditivement il "s'engueule" avec quelqu'un qui aboie dans le micro... Sans rien comprendre le cap a repris la barre et fait des ronds dans l'eau ... j'en profite pour tirer la photo souvenir... Derrière nous approchent les bateaux qui vont suivre au prochain passage....Une barque est arrivée près de l'entrée des hommes ont l'air de s'affairer près de la porte ....Un équipier nous fait signe de regarder sur le bord droit du sas. Un jet d'eau comme sorti d'une lance d'incendie ... On ne comprend toujours pas ..... Et en bas l'homme continue ses invectives ....quand allons nous passer ??? Il y a déjà 15 minutes que ça dure et tout le monde attend ....Et le ton monte dans le voilier je crois que le bon homme va avaler le micro il est cramoisi .... Finalement il remonte.... très antipathique celui là va falloir filer droit ... Il baragouine quelques phrases le cap a cru comprendre :" le jet d'eau l'inquiete pour nous, Il a peur que nous soyons en danger d'être trop mouillés" .....Bref pressés par le temps nous filons à toute allure dans le sas... ouf on a passé.... Maintenant il s'agit de nous maintenir bien au milieu c'est là que mon travail va être aussi important....

Les deux premières portes se referment nous voici en plein dans la chausse-trappe.... Plus question de photo... quatre toulines* arrivent en même temps sur le pont.....je récupère la mienne , un noeud de chaise et le cordage remonte vers mon réceptionniste attitré tout en haut qui va nous prendre en charge.... Nos trois coéquipiers font tout comme moi, il vaut mieux il s'agit maintenant de nous maintenir en synchronisation. L'eau commence à monter à la vitesse d'un cheval au galop ....dès que l'aussière n'est plus tendue il faut mouliner sur le winch * pour la raccourcir...moi je suis tendue à l'extrême pas besoin de tour du tout!
....la montée est vertigineuse.... De temps en temps je regarde le paquebot de devant, les touristes japonais nous font des signes amicaux de la main... je réponds avec un sourire jusqu'aux oreilles...
"Sois à ton affaire!" qui dit le cap toujours avec son pince sans rire du tout ... C'est créé pour ça les capitaines, pour raler!....Bof on s'y fait, je suis second j'en ai vu d'autre... Mais cette eau qui monte si vite.... ça m'impressionne et je comprends notre rôle à nous les moulineurs de service.... Sans un maintien rigide et rigoureux de nos cordages nous irions nous écraser sur les murs du sas ! Pas marrant c'est déjà arrivé.... Ce petit détail mérite bien une attention soutenue....
Pour les gros navires un petit train charrie les lourds orins... Pour nous, nos cordons ombilicaux montent à pieds par les escaliers ... alors comme je n'ai pas pu prendre de photo je vous laisse deviner par les cartes postales qui vont suivre.....
* Touline sorte de grosse balle reliée à un fil qui est envoyée pour récupérer une aussière (Aussière nom savant pour corde ou ficelle... ça va faire hurler les puristes).
* winch sorte de tourniquet démultiplicateur avec une manivelle comme un ancien moulin à café qui sert à enrouler les cordages pour étayer les voiles. D'où le verbe mouliner....ben voyons!














Le ciel noir et lourd pétait de tonnerre et lui fumait sa clope sans se soucier de l'interdit à bord!



A nouveau nous passons
brillament la troisième porte
et arrivons dans le Lac de
Gatum....Dommage que le temps
soit nettement voilé ...
Il ne pleut pas mais menace de
le faire à tout instant... l'humidité
est son paroxysme et la joie
revue à bord avec le changement de pilote à la dernière étape... Nous ne saurons jamais bien pourquoi mais la petite histoire du matin à du y
être pour quelque chose..
....Il nous faut de 5 h à 6 heures pour traverser le Lac mais le nouveau chef nous autorise un petit
bain dans l'eau douce pour le baptême du passage... C'est chaud et doux j'adore je suis sûre que Pictoris aime aussi c'est sa première
trempette dans du non-salé...
Ce lac est artificiel il a du être conçu pour la
jonction des deux Océans...
Ca et là émergent des îlots,
la nature complètement tropicale
étoile le ciel de ses cocotiers
chevelus et un immense
manteau camaïeu vert
émeraude recouvre toutes les
collines...
...Le temps et au farniente
Pictoris file ses 5 noeuds
comme un grand dirigé par son
"panoupanou" tandis que nous
savourons un excellent
pique-nique.......






Pictoris maintenant court à un train d'enfer nous avons trop musardé dans le Lac . Nous devons rattraper le retard pour passer la première porte de Miraflore avant
4 heures.... Nous sommes dans le boyau gigantesque qui nous mène à la sortie...
Depuis peu nous voyons des escadrons de pélicans voler à contre sens de notre marche...Il viennent pécher derrière nous en se laissant tomber bec pointé en avant comme des bombes. Ce sont les premiers sauvages que je vois en action, jusque là je n'en avais vu qu'au zoo jusque là !
Oups le travail va reprendre je vois la première porte qui nous souhaite la bien venue.. Cette fois nous allons faire le voyage avec un "pousse pousse" nom que je donne aux petits remorqueurs... Mais c'est tout sale ce machin là....Du coup il a tout sali le tribord de Pictoris qui s'est laisser faire des papouilles sans rien dire....
et c'est reparti mais dans l'autre sens ... Ici c'est l'eau qui descend on dirait qu'elle va encore plus vite que de l'autre côté ... Le cap m'affirme que non! Depuis que nous sommes dans les sas c'est sensas il fait beau!.. le ciel s'est habillé de bleu pour notre welcome et le soleil nous fait un large sourire.... Devant nous soudain le Pacifique ...... c'est écrit sur le pont ... Des fois que des distraits se penseraient dans la chapelle Sixtine.....
Il fait presque nuit maintenant un magnifique sun set illumine l'endroit où nous mouillons. Tout le monde se dit au revoir on va même jusqu'à la bise.... Demain il fera jour sur notre nouvel univers de l'autre coté du globe!

tu veux voir les galapagos
alors monte sur mon dos et en route.....
PICTORIS PASSE LE CANAL NOUS AUSSI
nous sommes le 15 avril 1986
textes extraits de mon journal de bord
Remarquez la petite silouette
sur le mur tout là haut c'est l'homme qui va faire passer notre Pictoris
Et le train ne fait que cela, il descend pour la descente du lac de Gatum à l' Atlantique et de l'autre coté il monte de Atlantique vers le Lac de Gatum
voici les mêmes portes vues d'en haut Nous venons de réussir avec brio notre premiere montée
Impressions d'un bateau qui vient et l'autre s'en va. Nous derrière on ne nous voit pas...et pourtant nous y étions!..
La dernier porte franchie avec succès nous ouvre le Lac artificiel de Gatum ....
Adieu l'Atlantique! Bonjour le Lac de Gatum
le reste des terres innondées
Pictoris filant ses noeuds enfile le long boyau qui le conduit aux dernières portes...nous sommes immédiatement envahis de pélicans qui sont en formation de chasse.